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L'INCOMPREHENSION
L’une des difficultés que je rencontre
le plus souvent est la résistance des maîtres qui affirment « mais
mon chien sait qu’il a mal fait, il le montre bien par son
attitude », alors qu’ils sont en plein faux-sens,
en prêtant à leur chien des facultés humaines
dans l’analyse des « causes à effets ».
Le cas se rencontre très souvent lors de
l’apprentissage de la propreté. Le maître rentre,
parfois bien fatigué par une journée de travail, et
découvre les dégâts. Souvent, c’en est
trop, et le maître va se laisser aller à la colère,
lui montrer avec véhémence l’objet du délit,
quelquefois lui mettre le nez dessus, et même le taper, persuadé que
l’attitude du chien est un signe de remord pour la bêtise
faite.
Le chien est bien sur capable de voir que
son maître est en colère, mais il n’a pas la moindre
idée de la raison de cette colère. Il est fautif, mais
de quoi ? Il va donc utiliser le seul langage que ces aïeux
lui ont légué, et prendre une posture de soumission
pour apaiser le courroux de son maître. Si la scène
se reproduit souvent, le chien en tirera une peur diffuse, et réagira
en soumission dès les premiers signes avant coureurs d’énervement, émis
involontairement par le maître. Il réagit donc à l’émotion
du maître, pas par culpabilité.
Si la machine à traduire-chien existait,
voilà sans doute ce que cela donnerait :
J’entends ses pas, il revient, il revient,
oh comme je suis content ! Il est tellement fort mon humain,
c’est le Chef de tout ! Il revient… j’entends
la porte…. Je suis content, la meute est réunie…
Il est là ! Je ne suis plus tout
seul, Tu es content d’être rentré ? Tu
veux jouer avec moi ?
Mais quoi ? Je viens de sentir, d’un
coup, il a changé, oh qu’est ce qui contrarie mon
maître adoré ? Il a fait une grimace, j’ai
bien vu ! Qu’est ce qu’il a, pourquoi cette émotion
négative, après qui ? J’ai un peu peur… où est
le danger qu’il a senti ?
Il crie, maintenant, mais… mais.. ?
c’est après moi ? qu’est ce que j’ai
fait ? C’est parce que je suis en train de faire la
fête ? Je ne dois pas venir dans l’entrée ?
Je ne dois pas marcher ici ? Je ne dois pas le regarder ?
Je manque de respect ? Qu’est ce que je suis en train
de faire de mal ?
Pourquoi me montre-t-il cet endroit là ?
Ca veut dire quoi ?Il y a mon odeur, là, c’est
ma marque, il ne veut pas de ma marque, il ne veut plus de moi ? Je
ne comprends pas, je ne comprends pas, il me fait mal… pourquoi ?
Mon maître, regarde-moi, je ne suis pas
insolent, pas méchant, je n’ai pas empiété sur
tes prérogatives, je te montre mon ventre, je sais que tu
es mon maître, a08/27/2005nds pas…
Je vais me cacher, me mettre à l’écart,
puisque ma vue t’offense…
(…)
C’est passé, tu veux bien que je
t’approche ? Oh comme je suis content, je n’ai
pas compris mais tu es toujours mon maître adoré,
je dépends de toi pour ma vie, je suis un gentil chien,
ne me chasse pas de la meute…
Et que pense le maître ?
Encore une journée finie, je suis crevé.
Ou est ma clef ? Ah, ça y est, rentrer, me reposer.
Oui, le chien, bonjour, bon chien…
QUOI, qu’est ce qu’a encore fait cet
imbécile de chien, en plein sur le tapis du salon ! Décidément,
quelle journée, je craque, je vais lui donner une bonne leçon,
lui faire passer l’envie de recommencer, comme j’aurai
du le faire avec Monsieur Machin, il m’exaspère aussi,
celui là.
T’as compris, maintenant, je ne veux plus
de ça dans la maison, c’est dégoûtant.
Ne t’avise pas de recommencer. Je vais te montrer qui fait
la loi, ici !
C’est ça, va bouder dans ton coin, ça
te remettra les idées en place.
(…)
Bon, c’est bien, tu demandes pardon, tu
as compris, hein ?
La mémoire du chien ne fixe bien que
ce qui apporte immédiatement une satisfaction, pour recommencer
dans les mêmes circonstances. Il va aussi se souvenir des expériences
immédiatement désagréables (c’est utile
pour sa survie !). Il peut donc se rappeler « poser
la patte sur un hérisson = douleur », « revenir
quand on m’appelle = friandise »… mais certainement
pas, « ce matin, après avoir bu, j’ai vu
la voisine passer par la fenêtre, puis j’ai dormi, puis
un camion dans la rue m’a réveillé, j’avais
envie de faire mes besoins… etc. »
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