Le Jardin
*** toute ressemblance avec
des personnages existants serait parfaitement volontaire ***
M et Mme T. avaient toujours dit : « Un
chien en appartement, c’est cruel, un chien a besoin d’un
jardin pour se défouler. »
Ils ont attendu d’avoir une maison avec jardin
avant de céder aux supplications des enfants et d’acheter
un chien, un labrador, on dit qu’ils sont tellement intelligents.
A son arrivée, Fisher n’était
alors qu’une petite boule de poils, pataud et adorable.
Les premiers temps ont été tellement
merveilleux, « Fifi » avait droit à toutes
les attentions. Les enfants ne se lassaient pas de montrer Fifi à tous
leurs copains, ce qui faisait de multiples occasions de sorties.
Fifi donnait la patte, montrait tous ses talents. Le dimanche,
c’était de longue balades en foret, avec toute la famille.
Le soir, Fifi somnolait repu et béat, en observant ses humains
entre ses cils.
Mais assez vite, Mme T. a décrété que
les traces de pattes sales n’étaient pas du meilleur
effet dans son living, et puis d’ailleurs « un chien,
c’est mieux dehors, et puis, il a tout le jardin pour se défouler ».
Fisher a vu déménager son panier dans le garage. Fini
les soirées douces au sein de la meute, la porte du foyer était
fermée.
Les enfants ont grandi… maintenant,
ils préfèrent les jeux vidéo aux balades en
foret, mais heureusement « le chien a tout le jardin pour
se défouler ». Il n’y a plus tellement de
place dans leurs vies pour Fisher (plus personne ne l’appelle
jamais plus Fifi).
Les journées se succèdent pour
Fisher, identiques.
Le matin, la famille bousculée s’affaire,
l’un crie « quelqu’un a mis des croquettes
au chien ? »…. Et Fisher se retrouve seul,
avec son panier empuanti par les odeurs de pot d’échappement.
Le jardin ? Il en connaît chaque brin
d’herbe, comme un livre cent fois relu.
Il n’y a qu’une chose bien dans sa vie,
le passage du facteur. Jours après jours, Fisher triomphe,
et met en fuite cet intrus qui n’a jamais réussi à rentrer !
Fisher est très fier d’avoir ainsi défendu le
territoire de la famille. Le facteur repart en maugréant « sale
clebs » ce qui doit bien vouloir dire qu’il s’avoue
vaincu.
Fisher va ronger un vieux bout de bois… Il
tourne en rond, il attend, il attend toujours, il ne sait pas
quoi, il ne sait plus quoi.
Avant, il frémissait d’attente, les
enfants rentraient de l’école, et c’étaient
des jeux, des caresses. Maintenant, ils jettent juste « salut
le chien » avant de rentrer s’affaler devant la
télé.
Il ne voit M et Mme T. que le temps de garer la voiture.
Ce matin, Fisher a eu l’occasion, celle qu’il
n’attendait plus, le portail n’était pas bien
fermé. Fisher s’éloigne, s'ennivre d'odeurs, de bruits, d’émotions, de découvertes.
Fisher revit !
M et Mme T. ne comprennent pas pourquoi Fisher a
fugué, il avait tout le jardin pour se défouler…
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